Conférence mardi 6 septembre 2016 - 20h00  

« L’orage perpétuel »  Corinne de Germaine de Staël et Adolphe de Benjamin Constant

François Rosset, professeur de littérature, UNIGE

On célèbre en 2016 les 200 ans d’Adolphe, le célèbre livre de Benjamin Constant. Plusieurs conférences et expositions, notamment à Lausanne (site Riponne & Unithèque), marqueront cet événement tout au long de l’année.

Cet homme politique et écrivain franco-suisse est l’homme le plus important de la vie de Germaine de Staël. Dans Adolphe, Benjamin Constant transpose partiellement sa relation orageuse avec Germaine de Staël, même s’il s’en est toujours défendu.

Que peut-on retenir d’une comparaison des deux romans : 1. pour la relation entre les protagonistes (fictifs et réels) 2. pour toute une génération en quête de nouvelles valeurs ?

                                                                
                                                     






Conférencier

François Rosset

Professeur de littérature française à l'Université de Lausanne, spécialiste des littératures du XVIIIe siècle. Il a enseigné également aux universités de Cracovie, Fribourg et Genève ainsi qu'à l'EPFL. Editeur et biographe de Jean Potocki, il a aussi donné, parmi ses quelques deux-cents publications scientifiques, de nombreuses contributions sur le Groupe de Coppet. Il est aussi Membre étranger de l'Académie polonaise des sciences et des arts de Cracovie, président de la Fondation Koscielski, traducteur d'œuvres littéraires polonaises significatives.

Entretien avec François Rosset 

Quelles sont les femmes qui ont inspiré à Benjamin Constant le caractère d' « Ellénore » ? Mme de Staël aurait perçu qu’elle en était l’un des modèles… ?

François Rosset : La première chose à dire à propos d’Adolphe mais aussi de Corinne, c’est que ce sont des romans, des œuvres littéraires, c’est-à-dire des univers de récréation; ce ne sont pas des chroniques mondaines, ni non plus des transpositions autobiographiques simplistes. Germaine de Staël n’est ni plus, ni moins présente dans le filigrane du personnage d’Ellénore que les autres femmes que Benjamin Constant a rencontrées, désirées et aimées ou que certaines figures féminines de fiction qu’il a rencontrées dans ses lectures. Mais c’est une chose que le public, gavé de « peopleries », a beaucoup de peine à comprendre; et c’était déjà le cas à l’époque. C’est pourquoi, si Germaine de Staël s’est offusquée, ce n’est pas tant à la lecture du roman de Constant qu’elle connaissait très bien, mais à cause des ragots qui ont commencé à circuler à la publication d'Adolphe en 1816 et qui l’identifiaient à Ellénore. Elle n’était pas seulement touchée personnellement par ces interprétations triviales, mais aussi en tant qu’écrivaine, déçue de la mécompréhension qui affecte trop souvent les œuvres littéraires. Lire la suite